06/07/2008Yo!
D'ordinaire, il n'y a pas de commentaires personnels sur ce blog, mais une fois n'est pas coutume. C'est mon anniversaire aujourd'hui. Il y a un an, S*** m'offrait une édition originale de Proust; avec cela et lui à mes côtés, j'étais comblé. Il est parti vers d'autres destins que j'espère meilleurs pour lui. Je n'ai ni regrets ni rancoeur.
Ma vie prend un nouveau tournant et je le sens décisif. Elle s'est débarrassée des faux semblants, et de ses dernières illusions. Mais elle n'est pas pour autant triste ni devenue ennuyeuse! Au contraire, la lucidité permet de savoir peut-être avec plus d'acuité où se trouve le bonheur...
Je suis en passe d'être comblé, d'une manière plus profonde peut-être, parce qu'uniquement personnelle. J'ai trop attendu des autres pour être heureux, je me suis fourvoyé. Le moyen pour S***, et d'autres de supporter cela, de se sentir béquille? A présent, je sais que le bonheur dépend de moi, et moi seul, et que, seulement lorsque je m'y sentirai plus à l'aise, comme installé, je pourrai y accueillir un homme.
Allez! Je suis, dirons-nous, au milieu de ma vie...Il ne tient qu'à moi d'en faire le zénith! 03/07/2008La Peinture morale Il est pathétique, à nos yeux de modernes, de voir nombres de créateurs (et des plus grands) se débattre, se contorsionner, pour justifier leur inspiration, prouver que leurs oeuvres sont "correctes". Ce dernier terme est anachronique, sans doute, mais il correspond en tout point à la réalité historique. Pour mémoire: on aurait tort de s'imaginer, comme il arrive souvent avec le recul du temps, qu'il s'agissait de situations toutes théoriques. Autant que dans la recherche scientifique, les novateurs risquaient gros dans les domaines de la philosophie, de la théologie...Emprisonnement, exil, tribunaux de l'Inquisition, bûcher, tout cela n'avait strictement rien de vains mots.
Bornons-nous au cas de la peinture. Un peintre n'est-il pas un moraliste, dans la mesure où lui aussi propose une lecture de la nature et de la condition humaines? A l'évidence, il est des peintres moralistes ou, si l'on préfère, des peintres qui puisent si constamment au même fonds que les écrivains moralistes, dont même la manière présente tant d'analogies avec celle des littérateurs qu'on est tenté de raisonner dans les termes de l'abbé Batteux, réduisant les Beaux-Arts à un "même principe". Pour s'en rendre compte, il suffit de songer, par exemple, à toute la réflexion sur les âges de la vie, sur les transformations que le temps opère sur tout visage, sur l'intériorité et la vie contemplative, soutenant tant de portraits de Rembrandt. [...]
Quelques exemples encore, pour prouver qu'il est légitime d'étendre la définition de moraliste à certain type de peintre. Pensons au portrait de Velasquez, si chargé de méditation existentielle de "Francisco Lezcano, el Niño de Vallecas" (aussi intitulé "El Bufon"), représentant le personnage nain et crétin, au regard si désarmé et désemparé, chargé de divertir les courtisans de Sa Majesté Très Catholique. Ou bien à celui (trop hâtivement qualifié de scène de genre) de "l'Aguador de Sevilla", de qui le visage labouré de rides, le regard abîmé disent, eux encore, une incommensurable fatigue, tout en reflétant l' "éminente dignité" du pauvre en haillons, dont la manière de tendre au jeune acheteur le verre d'eau salutaire est empreint d'autant (sinon plus) de spiritualité que bien des toiles au sujet "noble" tiré de l'Histoire sainte, la remise du précieux liquide évoquant irrésistiblement la célébration d'une essentielle cérémonie. De telles peintures dépassent bien souvent, par l'éloquence du silence, les plus parlantes ouvres des moralistes littérateurs. [...]
La Tour n'est pas seulement le peintre par excellence de "l'anatomie moralisée". Chacune de ses toiles opère la fusion intime entre morale et spiritualité. Tout détail, jusqu'au plus humble, est porteur non pas d'une "édification", mais d'un appel en sourdine à une "lecture" apaisée et recueillie d'autrui et de soi. Images populaires, souvent "moralisées", emblèmes, proverbes donnent pour ainsi dire la main aux sermons, aux paraboles évangéliques, pour soutenir un art qui "scrute passionnément le mystère des êtres".
Mais le principal "personnage" de La Tour, en cet âge d'or du nocturne, ne serait-ce pas la lumière? Nulle solution de continuité entre la lumière surnaturelle, immatérielle, de la grâce irradiant de sujets évangéliques et la pauvre chandelle donnant à voir une servante qui s'épuce. Le "motif" de la flamme de la chandelle, varié en modulations aussi inépuisables qu'un thème de J. S. Bach, constitue une passerelle entre ordre humain et ordre divin, entre éthique et spiritulalité. La plus haute fonction de la peinture est, comme le dira Roger de Piles, "d'appeler et d'arrêter le spectateur", de le conduire, comme à son insu, de l'un à l'autre de ces ordres, jusqu'à une essentielle rencontre avec lui-même.
Louis Van Delft, "Les Moralistes. Une apologie"  |
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